Soutenance de thèse réussie pour Roussel Lalande Teguia Kenmegne

La communauté du CRAD félicite chaleureusement Roussel Lalande Teguia Kenmegne, membre étudiant du CRAD, qui a soutenu avec succès sa thèse de doctorat en sciences géographiques le 21 avril dernier. La soutenance s’est déroulée à la Salle Gilbert-Tardif du Pavillon Gene-H.-Kruger de l’Université Laval. La thèse de Roussel s’intitule : Vulnérabilité et auto-organisation par l’Action Collective face aux inondations dans les quartiers informels de Douala (Cameroun) : Vers une gouvernance adaptative pour une résilience socio-écologique.

Soutenance de thèse, 21 avril 2026, Université Laval. À distance : Guillaume Marie, Martin Luther Djatcheu Kamgain. En présence : Geneviève Cloutier, Jean-François Bisonnette, Roussel Lalande Teguia Kenmegne, Nathalie Gravel.

Membres du jury :

  • Présidente : Nathalie Gravel, Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique, Université Laval
  • Directeur de recherche : Jean-François Bissonnette (membre régulier du CRAD, département de géographie)
  • Examinateur externe : Martin Luther Djatcheu Kamgain, Université de Yaoundé I
  • Examinatrice : Geneviève Cloutier (membre régulière du CRAD, ÉSAD)
  • Examinateur : Guillaume Marie, Université du Québec à Rimouski

Résumé de la thèse :

Cette thèse s’inscrit dans le contexte des défis contemporains des villes du Sud global et interroge les modalités par lesquelles les habitants des quartiers informels de Douala (Cameroun) s’organisent pour faire face aux inondations, dans un contexte où l’urbanisation rapide conduit les populations les plus vulnérables à occuper des milieux écologiquement sensibles. La tension entre développement urbain et conservation s’y manifeste de manière aiguë, sur fond de gouvernance fragmentée et d’inégalités persistantes dans l’accès aux ressources urbaines. En l’absence d’alternatives réellement offertes par l’action publique, les ménages les plus précaires s’installent sur des terrains exposés et mobilisent diverses formes d’auto-organisation afin d’accéder aux services urbains, de mettre en place des infrastructures de protection et de négocier leur inscription dans l’espace urbain.

Construite par insertion de quatre articles, l’enquête combine méthodes mixtes et approches participatives : analyse diachronique (1990–2024), exploitation de données secondaires, entretiens, observations participantes et groupes de discussion. Le chapitre 1 pose le cadre général de l’analyse en mettant en évidence le caractère systémique de la vulnérabilité aux inondations à Douala, à travers l’articulation entre défaillances du drainage, urbanisation des zones humides, faible opérationalité de la planification urbaine et portée limitée des dispositifs d’adaptation communautaire. Le chapitre 2 documente la forte dégradation des écosystèmes régulateurs en dépit de l’élaboration d’un plan d’aménagement en 2012. Il conclut à la nécessité d’une intégration effective des zones humides dans les documents d’urbanisme, via une gouvernance participative réunissant communautés, ONG, acteurs privés et autorités. Ensuite, le chapitre 3 explore les mécanismes de résilience aux inondations « par le bas » dans trois quartiers informels de Douala choisis pour leur exemplarité. Il montre que la capacité d’auto-organisation y varie selon la densité des réseaux sociaux, la qualité du leadership local, la force de la mémoire collective et l’existence d’incitations sélectives (rétributions ou sanctions liées à la participation). Si cette dynamique renforce le pouvoir d’agir des habitants, elle peut également produire, dans certains cas, des formes d’exclusion interne. Enfin, le chapitre 4 met au jour les tensions d’usages, d’interprétation et de réglementation qui structurent la gouvernance environnementale à Douala. L’État, traversé par des logiques contradictoires et clientélistes, entretient un flou juridique qui rompt la neutralité de son arbitrage. En reconnaissant les formes discrètes mais actives d’auto-organisation, le chapitre 4 adapte le cadre d’Analyse stratégique de la gestion environnementale (ASGE) de Mermet à un contexte subsaharien pour éclairer l’action collective dans des milieux écologiquement sensibles et institutionnellement fragmentés.

La thèse appelle à porter une plus grande attention aux leviers d’auto-organisation par l’action collective (incitations, suivi, sanctions, co-gestion) dans les cadres de vulnérabilité aux risques d’inondation. En effet, plus ces leviers sont consolidés, plus la vulnérabilité tend à être atténuée. Dès lors, le renforcement de la résilience urbaine suppose de reconnaître, sans les idéaliser, les capacités d’action locales et de les articuler à des dispositifs participatifs susceptibles de soutenir une gouvernance plus juste et plus effective.